L'Héritage des Cendres
Les aventuriers
Introduction
C’était une année faste pour le commerce. Alric rayonnait : cette fois, c’était lui qui recevait toute la famille au Cœur d’Acier, la forge familiale qu’il dirigeait avec fierté. Les marteaux avaient chanté toute l’année, et la maison vibrait d’une énergie heureuse. Liselle, arrivée depuis peu, apportait encore plus de vie au foyer. Alric la connaissait depuis toujours : il avait aimé sa mère, cette sage-femme de Windmere, dès leur première rencontre. Alors, recueillir la petite Lili avait été une évidence.
Pour ce festin, Alric avait vu grand : deux chapons dodus de chez Renata, des marrons grillés, des pommes de terre en robe des champs, nappés d’un jus de viande savoureux. Et pour le dessert, la fameuse tarte de Théviane, sa sœur, venue avec sa fille quelques jours plus tôt pour profiter du marché aux bestiaux. Tout le monde s’affairait, la tradition des deux couverts pour les invités imprévus était respectée. Et justement, la voix tonitruante de Théomer, le veilleur, résonna dans la rue : « Eh, vieux grigou ! Toujours aux affaires ? Il faut que tu refasses une santé à Cendre-Lame ! ». Derrière lui, Mira, la pisteuse, avançait discrètement. Ces deux-là, toujours en vadrouille, portaient avec eux le parfum des aventures lointaines. Murtoch, avide de récits, se précipita pour les accueillir. Alric souriait : il enviait parfois ces vies de dangers et de gloire, mais il se consolait en voyant la chaleur de son foyer.
La grande table fut installée près de la forge, dont la chaleur réconfortait en cette saison glaciale. L’odeur des chapons emplissait la maison, les dernières commandes étaient réglées, et enfin, tous se retrouvèrent autour du vin du Bordeleau, ce petit luxe qu’Alric offrait chaque année. Les rires fusaient, les anecdotes s’enchaînaient, Mira et Théomer en tête. La soirée promettait d’être belle. La musique et la joie résonnaient dans tout le quartier, jusqu’au feu d’artifice de minuit, bouquet magique offert par l’empereur-sorcier de Windmere. Les lumières éclatèrent dans le ciel, les couleurs dansèrent sur les visages émerveillés.
Puis, au milieu des gerbes d’or et des éclats rouges, une lumière différente apparut. Plus vive. Plus pure. Un rayon, d’abord fin comme une aiguille, perça les nuages. Il semblait descendre lentement, majestueux, presque beau. Les conversations se turent. Les regards se levèrent. Et soudain, le rayon s’élargit, devint un torrent incandescent. Le ciel s’ouvrit. Le blanc absolu engloutit tout. Plus de couleurs, plus de sons. Une seconde, peut-être deux. Puis la déflagration. Le souffle. Les cris. L’apocalypse. Les murs volèrent en éclats, le feu dévora l’air, les corps furent projetés comme des feuilles mortes. Les enfants hurlèrent, les flammes engloutirent les rires. Alric, hébété, n’eut qu’une pensée : les dieux avaient décidé d’en finir avec les mortels.
Le silence après le cataclysme n’était pas un silence. C’était un râle étouffé, ponctué de crépitements et de gémissements. Windmere n’était plus qu’un champ de ruines, une mer de pierres calcinées et de poutres noircies. Le rayon avait tout rasé, laissant derrière lui une cicatrice béante dans la terre. Le Cœur d’Acier, la forge d’Alric, n’était plus qu’un squelette fumant.
Alric titubait parmi les décombres, les mains écorchées, le souffle court. Chaque pas soulevait des nuages de cendres qui lui brûlaient les yeux. Il appelait, hurlait parfois, mais sa voix se perdait dans le chaos. « Firenne ! Lili ! » Rien. Juste le vent qui s’engouffrait dans les ruines.
Plus loin, Mira et Théomer s’acharnaient à soulever des poutres, des pierres calcinées, cherchant des signes de vie. Le paladin, le visage couvert de suie, soulevait des blocs comme si la rage lui donnait une force divine. Mira, les yeux rougis, fouillait méthodiquement, ses mains tremblantes. Et puis, un cri déchirant : la nièce d’Alric, agenouillée, pleurant sur le corps sans vie de Théviane. Ses sanglots résonnaient comme un glas.
Murtoch, les yeux rouges, fouillait à son tour, jetant des pierres, appelant sa tante, sa voix brisée. Il rejoignit Alric, et ensemble, ils retournèrent les décombres, encore et encore, jusqu’à ce qu’Alric s’arrête net. Là, dépassant d’un amas de gravats, une main. Une main qu’il connaissait mieux que la sienne. Firenne. Sa bien-aimée.
Le monde s’effondra une seconde fois. Alric tomba à genoux, incapable de respirer. Les dieux auraient mieux fait de l’emporter aussi. Car désormais, il n’était plus Alric le Frère Forgeron. Il était Alric, le forgeron des ruines.
L'Ars Librarium
> 2 de Januarius...
Si kk'un a un résumé...
Cendragon
> 5 de Keld...
De retour au campement des réfugiés, les provisions glanées au péril de leurs vies s’avèrent bien maigres pour les presque 5000 âmes qui se préparent à lever le camp dans les jours qui vont suivre. Une semaine de préparatifs semble plus que nécessaire pour épargner à tous une mort certaine lors de la traversée de cet enfer gelé. Des ravitaillements prudents s’organisent.
Les corps voutés et les visages austères témoignent des pertes que chacun, de chaque famille endeuillée, de chaque corps mutilé. Agglutinés autour des feux, des tentes de fortune, ces voisins, autant d’étrangers composent ce qu’il reste d’une population amère et vaincue. Mais comment combattre les cieux ?
Seuls de rares chants traditionnels s’élèvent du camp d’hivernage des quelques Varisiens restant. Contrairement à leur habitude, le gros du convoi s’est déjà éparpillé. Accoutumés à ces conditions, leur survie est loin d’être aussi précaire que celle des réfugiés, mais leur situation maintenant privilégiée et leur proximité, utile dans les premières heures, réveille certaines rancœurs anciennes.
C’est dans cette atmosphère délétère et leur survie immédiate assurée que Mira fait part aux autres membres de la maisonnée recomposée d’un détail qui l’a troublée en cette journée funeste : Le terrible rayon ne serait peut-être pas la raison principale ou unique de cette catastrophe... Lors de l’impact, pas moins de six colonnes de runes enflammées illuminant jusqu’aux cieux se sont élevées de divers quartiers de la citée. Propageant un déferlement de flammes incendiaires et suggérant le contour caractéristique des cercles d’abjuration ou d’invocation utilisés chez les siens pour contenir les élémentaires, mais d’une taille proprement aberrante. Cette vision fugace semblant corroborée par le fait qu’elle soit en mesure d’en décrypter certaines.
Décision est prise d’en toucher deux mots au capitaine Dietrich von Aldmark, faisant office d’autorité locale, et à la peine pour organiser un semblant d’ordre au sein des réfugiés à l’aide du peu d’hommes encore valides, ou vivants, sous ses ordres. Ce dernier leur demande d’en référer au campement de l’est, un peu mieux loti, qui abrite les reliquats de la garnison de la capitale et une cohorte s'étant matérialisée "spontanément" peu après la catastrophe. C’est chose faite dès le lendemain. Après (un polissage de marteau et) une bonne heure de marche par les sentiers enneigés à longer les remparts de la citée, ils arrivent au campement où la situation n’est finalement guère meilleure. Hormis les citoyens des quartiers dévastés, ce qu'il reste des troupes militaires est désorganisé, partagé entre la survie, les envies ou nécessité de pillage et la crainte de la légion… Qui brille par son absence. Les obligations y sont plus grandes envers les quelques familles d’influence et réfractaires à quitter leur logis, quant à ce qui est de courir les plaines gelées… Un planton leur indique de rejoindre une tour de guet, point de repère encore facilement discernable en bordure de la "Colline Blanche", l’un des derniers quartiers bourgeois encore debout. Ils pourront trouver une oreille plus instruite auprès de Corvellan, un mage de la garnison, ou des thaumaturges de la légion.
La Colline Blanche
Sans surprise, l'ambiance des contreforts de l'est n’est en rien comparable à celle des quartiers populaires, les rues sont calmes et le peu de personnes arpentant rapidement les rues aussi enjouées qu'à une procession funéraire. Si ce n'est certains habitants, probablement sous le choc, qui semblent totalement inconscients de la situation et essaient de maintenir un semblant d'activité normale... ou de profiter de la pénurie imminente. Les troupes éparses mais stratégiquement déployées semblent suffire à maintenir l'autorité impériale dans ce qui ressemble encore un tant soit peu à une ville. Cependant certaines rumeurs de disparitions inquiétantes laissent à penser que les rues seraient moins sûres de nuit, que des personnes se seraient changées en statues de cendres. Difficilement vérifiable en l’état, et dans le contexte actuel. C'est sans encombre que le groupe rejoint la tour… pour y constater que ce qu'ils prenaient pour un calme relatif n'était effectivement que le résultat d'un sentiment d'oppression et d'une menace latente.
Alertés par des hurlements et bruits d'affrontement au détour d'une pâté de maisons, ils se précipitent pour prêter main forte à une patrouille de miliciens qui essaient de sauver des citadins aux prises avec une entité d'outre-monde… rapidement rejointe par une seconde.
Après une lutte acharnée qui semble indiquer que ces redoutables "créatures", faute de meilleure définition, semblent se nourrir de l'essence des mortels, insensibles aux attaques et craindre la lumière, elles sont finalement mises en fuite par l'arrivée d'un combattant maniant une lame solaire (Adalbert von Blumeberg). Les corps meurtris, le groupe parvient à rejoindre Corvellan, dans un bastion à proximité.
Le bâtiment qui sert de garnison provisoire brille par sa simplicité : à peine une grande salle garnie de tables empruntée à une maison du coin, mais le feu dans l'âtre y est vif. Une poignée de miliciens à la mine abattue relèvent à peine l'entrée du groupe dans le local surchauffé. Corvellan les accueille (Corvellan Illhausern, ci-contre). L'homme dans la petite trentaine semble compétent mais, comme beaucoup, manque cruellement de moyens. Sans être un officier du corps, il en fait office.
La discussion leur apprend qu'effectivement, les rumeurs de disparitions sont bien fondées, et que les créatures que Murtoch a identiffié comme des "Rakalinges" en sont probablement la cause. Ils les pensaient nocturnes, mais cette attaque a eu lieu en plein jour. Si tant est que l'on puisse qualifier de jour l'atmosphère plombée et le plafond nuageux qui semble s'être installé depuis la catastrophe. Il comprendrait qu'ils confirment les craintes des citoyens, mais leur demande, si possible, de ne pas aggraver la situation déjà précaire, la légion arrivée il y a peu ayant rencontré un écueil. Lui-même sait juste ce qu'on lui a transmis, à savoir empêcher que ces créatures pénètrent plus avant dans le quartier et tenir cette ligne de défense improvisée.
Par ailleurs, les nouvelles sont loin d'être réjouissantes. Plusieurs corps de cendre ont été retrouvé dans les rues et jusque des familles entières dans des maisons. L'incendie en était initialement considéré responsable, mais au vu des récents évènements les coupables semblent tous désignés. En dépit des afflictions qu'ils causent, aucune preuve irréfutable n'a cependant été apportée… De même qu'aucun remède connu. Mais le temple de l'Empereur pourrait avoir plus de réponses sur ce dernier point. De même qu'ils seront plus à même de mettre à profit les informations de Mira concernant les runes. S'il fait autorité parmi les gardes, Corvellan avoue sans peine être plus à l'aise sur le terrain d'exercice que dans les salles d'archives.
Murtoch leur fait part des souvenirs qu'il pense avoir de ces créatures, d’après les paroles d'une vieille fable ou comptine datant de leurs jeux d'enfants avec Lili : se réveiller et courir et courir jusqu'à l'aube, se réfugier dans la lumière en dernier recours. Car les Rakalinges sont les miroirs brisés des rêves de l'humanité, des Rakshasas corrupteurs et pourvoyeurs de cauchemars.
Fort de ses renseignements, le groupe se rend au Temple de l’Empereur, ou Temple de Lena, qui semble regrouper ce qu’il reste d’autorités compétentes et à même de prendre des mesures dans le district. Là non plus, la situation n’est pas idéale. L’esplanade où sont dressées de nombreuses tentes, principalement du surplus militaire et des échoppes marchandes réquisitionnées, a été transformée en hôpital de campagne pour traiter les cas les plus graves et abriter quelques démunis. La majorité ayant trouvé refuge chez des voisins, quelques bonnes âmes, ou des bâtiments mis à disposition. Si la situation est critique, au moins certaines personnes semblent prendre la mesure des actions à prendre et avoir suffisamment d’influence pour les faire appliquer.
Cependant, la hiérarchie ecclésiastique est décimée, les soins se font au compte-goutte, on leur demande même de prêter main forte, officiels tant que bénévoles parent au plus pressé dans cette cour des miracles improvisée. On leur confirme qu’il n’existe pas de remède connu à ce jour pour le mal qui les ronge, avant de les orienter vers certaines personnes à l’étage de la nef sud qui seraient à même de prendre le temps d’écouter, et comprendre, leurs histoires de runes pyrotechniques dans les nues.
Là, dans une alcôve reculée, est installé un campement de fortune : une simple couche où est étendu un vieillard inconscient qu’Alric reconnait immédiatement comme étant Yoric Blutmark, prélat et éminence du culte de Haënord, un bureau sommaire mais encombré d’un fatras hétéroclite d’ouvrages et ustensiles qui se répand jusqu’au sol, un fauteuil profond et confortable où est installée une jeune femme plongée dans une lecture à la lumière d’orbes flottants et manifestement magiques.
Elle confirme et complète ce que le groupe sait déjà sur les créatures. Qu'il s'agit de Rakshasas. Leur décrit leur origine et hiérarchie par le menu. Que leur comportement est ici fort inhabituel, qu'ils sont loin de leur milieu de prédilection et, questionnée sur la chose, que la simple lumière directe du soleil devrait guérir tous leurs maux. Il va falloir attendre une éclaircie.
Elle réfute cependant les rumeurs qu'ils ont pu entendre sur un Mausolée mis à jour au centre du champ de ruines, dans un large espace étrangement déblayé. Il s'agit probablement des restes isolés d'un bâtiment non loin de la Colline du Hêtre, quartier que nos citadins savent, sans réel fondement, avoir une réputation douteuse.
Elle ajoute qu'une légion a investit la zone mais a subi de lourdes pertes avant de devoir se retirer devant la recrudescence et puissance accrue des entités et leur capacité d'impersonification. L'affaire est passée sous silence pour ne pas affecter la population, d'autres mesures devraient être prises sous peu et les corps statufiés des malheureux sont conservés à l'abris des regards. Elle-même en est fortement intriguée mais ne peut, par conséquent, se rendre directement sur les lieux. Elle propose au groupe de mener des investigations contre rémunération… avec résurrection dans le pire des cas, et leur adjoindra "Popol", une sorte de mini golem de glaise, promptement baptisé par Murtoch, qui servira d'intermédiaire et de guide pour éviter les menaces les plus évidentes. Décision est prise de passer la nuit sur place avant d'entamer une expédition qui pourrait s'avérer plus que risquée.
Selon les indications lacunaires de Mira, Elle rédige minutieusement une série de notes cabalistiques concernant les runes et le souvenir de ses observations, déclarant qu'elle va se pencher dessus et transmettre le tout aux autorités locales. Elle-même n'étant pas du coin, et seulement présente par un hasard fortuit. Hasard fortuit qui repose dans le lit, juste là. Selon ses propos, suite au carnage littéraire ayant frappé l'Ars Librarium, une mission de préservation des connaissances a été menée dans les départements les plus sensibles communément appelés "Bibliothèque Interdite". S'en suivent plusieurs minutes de commentaires sur l'absurdité de tout stocker en un seul lieu, de ne pas faire de copies, etc. bref.
Dans la précipitation et l'affolement général causé par le choc, un ouvrage parmi d'autres a malencontreusement été entrouvert par Yoric pour en vérifier le contenu et l'a plongé dans son état catatonique. En théorie, sa vie n'est pas en réel danger, mais… de toute façon il n'y a rien à faire qu'à attendre la fin de sa lecture.
L'ouvrage en question, surnommé "Épîtres Anonymes", est sobre et usagé, n'a aucun titre, sans signe distinctif ni aucune mention et réagit différemment selon les lecteurs. Il se dit qu'il a été "écrit" de la main même de Haënord et qu'il contient tous les possibles des histoires non encore contées. Il est révéré au titre de relique du culte et elle-même essaie de garder un œil dessus… depuis que sa sœur l'a lu par le passé. Elle semble plus le considérer comme un formidable outil de savoir anarchique, puisqu'on ne choisit pas le récit, qu'objet de culte si ce n'est qu'il a un léger inconvénient : le lecteur et les personnes qu'il imagine les plus à même de remplir le rôle des personnages de l'histoire se trouvent emprisonnés "dans" et "le temps" de la lecture. C'est avec certitude que le cercle de connaissances de Yoric a été affecté et plus que probable que nombre des élites de la citée soient entre les pages. Il est même arrivé à de rares occasions que certains en ramènent des artefacts quasi réels, ou agissants comme tels. Sans tenir compte de son statut d'objet de vénération, ça lui parait inenvisageable de le laisser tomber entre de mauvaises mains. Elle a donc pris les mesures nécessaires pour le pister ou être prévenue de son utilisation.
A la question de Murtoch, elle précise qu'en l'état le livre n'a ni titre, ni ne contient aucun mot en tant que tel. Qu'il se rédige au fil du récit et disparaitra au terme de la lecture. Laissant à sa place un ouvrage de parfaite innocuité avec l'histoire fraichement écrite et un titre en bonne et due forme. La lecture de sa sœur ayant généré une Romantasy épique mais sirupeuse qui a connu son petit succès auprès d'un public averti.
Le Puit du Fou
Expédition en terre inconnue…
C'est le sentiment général qui se dégage lorsque le groupe progresse avec une facilité déconcertante dans les décombres calcinés de leur citée rendue méconnaissable. Une zone connue plus tard sous le nom de Cendragon au vu de la dévastation causée. Popol doit connaitre son affaire, car après plusieurs heures, maintes haltes discrètes, détours et aucune rencontre désagréable, ils arrivent à une vaste zone de terrain ouvert : une étendue de terre meuble et fraichement travaillée. Ne manque que les semeuses, puisqu'il y a déjà les corbeaux. Il n'y subsiste strictement aucune trace visible de ce qui faisait l'un des quartiers les plus vivants de la capitale, ni le champ de ruines qu'ils viennent de traverser, ni même un corps, la terre est simplement mise à nue. Monica, qui l'avait observée à distance, n'avait elle-même aucune explication à fournir sur cette singularité. Seul se dresse un modeste bâtiment de pierre sombre aux ouvertures béantes à un jet de pierre de la colline, tel le triste et ultime chicot d'un indigent.
Traverser ce terrain à découvert pourrait s'avérer risqué, car s'ils n'ont croisé âme qui vive, ils ont à plusieurs occasions remarqué d'étranges colifichets abandonnés au hasard des ruines ; tressés de branchages, ossements animaux, végétaux, poils et… ce qui ressemble à s'y méprendre à des lambeaux de restes humains. Quelques traces de pieds nus de la taille d'enfants ont également été relevées. Possiblement les gobelins qu'ils ont déjà croisés s'ils se sont aventurés si avant au cœur de la citée, mais ça reste peu probable d'après Mira. Reste que "quelque chose" de petit et vivant parcours les décombres.
Sans être parfaitement experts en la matière, ils constatent à distance que la colline semble être une orgue basaltique naturelle. Et probablement la source originelle de l'ancien pavage du quartier. Seule Mira qui en connait un peu plus sur le rayon leur expliquera que : "Le basalte est une roche ignée basique à grain fin contenant du feldspath plagioclase calcique essentiel et du pyroxène (généralement de l'augite), avec ou sans olivine… en l'occurrence, sans."
En s'approchant prudemment du bâtiment et de la colline, leur attention est attirée par la touche d'un blanc bleuté d'un petit parterre de fleurs sauvages bravant les éléments au pied de cette dernière. Intrigués, ils s'y dirigent pour constater qu'elles se sont épanouies autour d'un profond trou circulaire dont le contour est l'œuvre de la main humaine, ou d'un être pensant, une margelle de simples pierres à même le sol. Ceci leur rappelle vaguement la légende urbaine d'un puit à souhait dans le défunt quartier, mais rien d'aussi sommaire. Elara projette quelques globes lumineux pour en sonder la profondeur, et ils constatent qu'il plonge sur plus de 30 mètres et semble toujours fonctionnel au reflet d'eau claire que l'on distingue en contrebas, dans ce qui pourrait être une cavité plus importante.
L'ambiance du lieu leur semble par ailleurs quelque peu irréelle, toute à la fois pesante et légère. Telle une plongée en apnée au sommet d'une montagne, elle leur provoque comme des hallucinations collectives. Le mirage évanescent du reflet d'une seconde lune en surimpression dans le ciel. Ce dernier étant toujours aussi couvert et menaçant de chutes de neige imminentes. Nulle trace de l'éclaircie qu'ils avaient espéré trouver ici.
Laissant cela pour plus tard, ils se rendent au bâtiment qui, après un examen sommaire, s'avère être l'étage d'une structure enfouie plus importante. Une douzaine de pas de côté. Il n'en reste que les murs percés d'ouvertures partiellement enterrées et une autre, au centre, menant à un niveau inférieur. La construction est simple, sans style distinctif et aux proportions anormalement grandes avec ses voutes à presque 10 mètres. En inspectant les alentours, Murtoch a la confirmation qu'il avait bien noté des mouvements, la nuit précédente, lorsque Monica leur avait révélé le lieu à l'aide d'un bassin de claire vision. A nouveau, ces traces de pas d'enfant autour, mais qui s'introduisent également dans le bâtiment.
Sans être une promenade de santé, l'exploration tient, au pire, de la difficulté d'une balade en montagne un peu escarpée. Rien qui ne saurait arrêter nos citadins audacieux…
Mais, sans être pour autant insurmontable, la descente vers les niveaux inférieurs s'avère finalement moins aisée que prévue. Les accès étant de simples ouvertures au centre des pièces. Après s'être encordés, Murtoch progresse en éclaireur dans une première pièce enterrée, puis une seconde aux dimensions plus imposantes.
Ce qu'il reste des fournitures et, il semblerait, aménagements en bois et autres éléments organiques a été inexorablement réduit en une pulpe vermoulue méconnaissable, rien de notable ou de réelle valeur. Mais toujours ces petites traces de passage qui ne semblent nullement gênées par la configuration des lieux, comme l'indiquent les marques discrètes aux murs et plafonds.
Sans avoir la connaissance de la citée d'un architecte ou géomètre impérial, l'atmosphère de ce bâtiment manifestement antique est oppressante, mais reste respirable en dépit de ce qui pourrait être des siècles de confinement.
Prudemment descendu au niveau le plus bas, une salle d'une trentaine de mètres, Murtoch scrute les débris qui se perdent dans les ombres qui tapissent les murs et y discerne deux ouvertures béantes vers des profondeurs inconnues. Les lumières dansantes de ses compagnons qui l'encouragent discrètement à distance respectable depuis l'ouverture, à une dizaine de mètres au-dessus de lui, aident, mais de peu. Peut être une lumière pâle dans un coin et quelques pièces de métal oxydé qui dépassent de la décrépitude ambiante.
L'ensemble lui fait l'effet d'être enterré vivant, ou de l'être sous peu. Surtout cette impression atroce d'entendre comme les murmures discrets, à la limite de l'audible, d'une litanie incompréhensible et rauque… Qui s'accorde parfaitement avec les fresques primitives qui ornent les murs. Autant de tâches, traces et symboles abstraits d'origine inconnue et étrangement dérangeants. Tous les sens en alerte, il a même l'impression subjective de distinguer comme l'écho de martèlement de sabots, perdus dans le lointain des profondeurs. Serait-ce une nouvelle hallucination, ce sentiment que l'obscurité l'observe depuis les arches ?
C'en est trop ! Raisonnablement, une retraite précipitée serait hasardeuse pour le groupe par cette simple corde d'escalade. Comme tous les gosses, il a connu son content d'histoires d'horreur d'aventuriers téméraires explorateurs de tombeaux ouverts, avec certains assez vivants pour les raconter. Et c'est sans compter les prouesses athlétiques d'oncle Alric. Même pas sûr qu'il puisse remonter sa bedaine…
Discrètement, avec une prudence hâtive, il se hisse le long de la corde pour faire un rapide compte rendu à ses compagnons. Ils remontent à la surface pour retrouver Theomer et Trixie qui assurent les arrières en savourant les restes de quelques maigres côtelettes de vieux mouton que leur a aimablement accordé un intendant du temple. Décision est finalement prise d'examiner le Puit du Fou.
à compléter…
à suivre...








