« Lühr n' Tael » : différence entre les versions

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Version du 14 février 2024 à 21:29

Vent d'Ouest

Aussi loin que l’on s’en souvienne, l'Ouest du grand Continent a toujours été une région hostile...
Battue par les tempêtes et peu propice à la vie sédentaire, c'est une terre de lamentations. Les hommes s'y regroupent en petites communautés indispensables à la survie de l'individu, mais la terre ne saurait supporter plus. Les ressources sont rares et les rassemblements visibles appellent la mort. C'est le territoire des Pictes, sauvages grossièrement civilisés aux mœurs anciennes, et les affrontements sont fréquents entre ces clans souvent au bord de la famine, pour une parcelle ou quelques têtes de bétail. Parfois simplement parce que ces voisins existent.
L’hiver y est rude, mais le printemps est pire. Car avec la fonte des dernières neiges s’annonce l’éveil du fléau ardent et la saison des cendres, une terreur ancestrale et vorace. Il n’est nul autre seigneur en ces lieux. Tous lui sont assujettis et versent la dime de cendres. Ces géants d’osier où criminels et prisonniers de raids attendent la mort par embrasement au moindre signe de son approche. Que repus, il épargne les honnêtes hommes. Ça, ou le sacrifice d’une vierge exquise et pure. Rien d’autre ne saurait l’apaiser et nul, lui résister. Les hommes l’ont nommé Wyrmthraxx.

Le cœur de l'hiver

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Le ciel anthracite roulait sur la lande, martelant une grêle fondue mêlée d’embruns qui meurtrissait jusqu’à l’os. Les dernières feuilles arrachées par les bourrasques n’avaient laissé des arbres malingres que des silhouettes difformes et solitaires. Seules les pierres semblaient insensibles aux rigueurs des éléments, et aux malheurs des hommes. Les bêtes se terraient.

Le vent et la pluie attisaient autant qu’ils maltraitaient les restes fumants au centre du hameau misérable qui tenait lieu de village aux habitants du coin. Dissipant les volutes acres de bois humide et de mort. Les piétinements des hommes et de leurs montures avaient transformé la terre en une boue visqueuse de liquides noirâtres.
Seule, agenouillée, hagarde et battue, l’enfant regardait sans comprendre.

Il ne restait déjà plus que des traces fumantes du brasier qui, la journée durant, envoyait jusqu’au ciel des gerbes d’étincelles dans un nuage de suie grasse de résineux et de chair fondue. Oublié le concert de hurlements traditionnel, car ce n’était pas la saison, il n’y avait eu que les cris d’agonie.
C’était une occasion spéciale, et non le sacrifice de l’équinoxe pour rassasier le fléau, ni même un raid pour constituer des prisonniers. Ce n’était pas non plus l’ancien qui leur tenait lieu d’augure qui avait officié, mais ces hommes en armure. Des étrangers. Et, ils étaient partis, comme ils étaient venus, à l’aube, grands, forts et invincibles. Des hommes qui mangeaient à leur faim. Une journée leur avait suffi. Une journée et la magie de leur dieu qui avait jugé. Les hommes, eux, avaient condamné et châtié. Et ils étaient partis, laissant leur œuvre derrière eux, pour que ces populations incultes n’oublient pas.

L’enfant restait prostrée, la lèvre fendue. Le sang et les larmes avaient remplacé les cris, les coups, les suppliques, et traçaient sur son visage des sillons silencieux dans la crasse et les cendres de sa mère. C’est ainsi qu’il l’avait trouvée, Chose brisée qui n’attendait plus de main pour se relever. Mais elle le suivi quand il l’emmena, sans confiance, juste par absence de volonté. Alors, ils prirent les sentiers de l’est sous les regards mornes de ceux qui n’y voyaient qu’une bouche de moins à nourrir.

Les années qu’il avait passé chez ces Pictes, dans leurs communautés changeantes aux mœurs barbares avaient fini de déchirer son voile de civilisation et le peu d’estime qu’il avait encore de lui. Ayant abandonné famille et compagnons à une mort certaine, seule sa survie lui importait vraiment. Il s’était donc surpris à s’encombrer de ce fardeau.

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S’abritant de l’hiver meurtrier, ils avaient dérivé lentement, des semaines, vers des terres à peine moins hostiles. Il n’était plus que l’ombre du combattant qu’il n’avait jamais vraiment été et certainement pas un rodeur pour survivre par ces temps. Heureusement, longtemps, elle ne toucha pas aux maigres repas qu’il parvenait à déterrer et qui ne lui suffisaient déjà pas. Jusqu’au jour où elle esquissa le premier geste à son égard.
L’enfant ne pleurait plus, depuis longtemps. Elle n’avait même jamais gémi malgré son corps chétif qui peinait, de loin, à suivre machinalement ses foulées, ses haillons boueux qui ne la protégeaient nullement du froid ou ses pieds ensanglantés aux cailloux des sentes. Il ne s’embarrassait déjà plus de son mutisme, et fut donc surpris de la voir venir à lui pour quémander avec insistance l’une des racines de son repas. Intrigué, il laissa les faibles doigts s’en emparer, mais se retint difficilement de la frapper lorsqu’elle la jeta avant de retourner se pelotonner au coin des braises. Sa mère avait été jugée pour sorcellerie, non ? Elle avait peut-être quelques restes…

Ils n’auraient certainement pas survécu à l’hiver ainsi, mais une habitation isolée et débarrassée de ses occupants leur fourni les vivres et l’abris idéal… Jusqu’au jour où un homme passa s’enquérir du silence des habitants des lieux. Elle, n’avait toujours pas dit un mot mais se nourrissait, difficilement. Et elle semblait un minimum revenir à la vie, prostrée telle un animal en cage. Non pas qu’il y ait beaucoup d’activité possibles, lui-même trompait l’ennui en surveillant les environs derrière les volets clos et disjoints ou s’entrainant aux tours de passe, de couteau. Voir une simple flamme de bougie passer d’une main à l’autre semblait la fasciner. Mais toujours elle gardait le silence, l’observant de derrière sa tignasse emmêlée, seul son sommeil était agité de murmures, appels et autres gémissements incompréhensibles.
Il avait failli s’en débarrasser, arrêter cette mascarade, un soir où il l’avait forcée et manqué y laisser un œil à un surin surgit de nulle part. Elle était trop jeune et sans formes, de toute façon. Les ossements de rongeur liés de quelques débris ensanglantés qu’il avait trouvé disposés à son réveil n’étaient pas pour le rassurer. Mais c'est son expression de haine froide qui l’avait empêché de dormir sereinement pendant un temps.

Songe d'une nuit d'été

Les saisons avaient filé, et arrivés à un semblant de civilisation, de villages et de bourgades, la gamine se rendait enfin utile. Elle pouvait difficilement passer pour sa fille, mais on ne les questionnait que rarement. Il aurait pu la vendre ou la prostituer, ça lui avait traversé l’esprit, mais elle faisait un bien meilleur appât. Et… la fois où il s’y était risqué, il était resté sans voix. Le gars s’était fait saigner. Elle avait sorti son poinçon, un autre, il s’était débarrassé du précédent, et avait frappé, frappé et encore frappé jusqu’à ce qu’il flanche. Mais comme si ça ne suffisait pas, elle lui avait sauté à la gorge et lui lacérait le visage. Il s’était tiré… mais elle l’avait retrouvé. Et ses cheveux poisseux de sang laissaient cette fois-là clairement voir son regard de haine farouche mêlé d’exultation sauvage.
Sans doute par jeu, et sans vraiment s’y attacher, c’est vers cette époque qu’il l’appelât autrement que ‘gamine’. Lür, qui peut se traduire par leurre dans sa propre langue gutturale. Pas vraiment un nom, juste sa fonction, attirer les gars dans des lieux isolés. A lui d’intervenir avant que ça ne dégénère vraiment.

Un an passe… Deux ans passent...
Et le duo improbable sillonne les routes, évitant les embrouilles et levant le camp en cas d’affaire un peu sérieuse. Sans être l’opulence, leur situation n’est pas si mauvaise, ils peuvent manger, parfois correctement, ont souvent un toit et de quoi se fringuer. Un minimum d’équipement pour leurs besognes. Pas vraiment loquace, la fille émet enfin quelques mots laconiques, le plus souvent pour manifester son désaccord. Mais ils sont rarement ensemble, de toute façon, quand ils bossent. Il la surveille de loin.
Seuls les passages à l’acte semblent capables de la faire sortir de son apathie, mais il lui arrive de la surprendre à observer une mère avec sa fille les jours de marché, d’autres gamins qui jouent, et la sent à deux doigts de faire un pas vers eux. Lavée, elle est devenue présentable, et pourrait intéresser les garçons sans ses légers balancements, son immobilité quand elle vous fixe de ses regards fuyants ou insistants, ses manies à ne pas savoir quoi faire de ses mains. On sent tout de suite qu’il y a un truc qui cloche, mais les adultes ne le voient plus ou s’en foutent, et tentent leur chance le soir, dans un endroit calme et reculé. Le moment de les dépouiller.

C’est devenu un ventre sur pattes, elle a toujours faim. Et il se souvient en frissonnant de certaines pratiques culinaires des Pictes. Sans doute ce qui l’incite réellement à travailler, ou filer un quignon de pain à certains gosses qui font la manche. Et s’il n’a aucune idée de ce qui peut se passer dans sa tête, ce qu’elle pense de lui, ni même pourquoi elle ne se tire pas, il connait les limites. Elle est loin d’être conne et a manifestement compris comment marchent les choses. Elle peut faire des efforts pour un steak saignant et un bain chaud où elle reste des plombes.

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Il y a eu cette fille dans la région de Porada. La ville était suffisamment grande pour qu’ils passent inaperçu pendant quelques temps. Clairement une sans abris qui devait avoir son âge, ou pas loin, pour les deux. Elle avait dû lui filer à manger une fois ou deux et retournait sur la même place marchande, sans trop se rapprocher des étals ni se mêler à la foule. Ils n’aiment pas ça, les gamins qui trainent. Pas bon pour les affaires, les leurs, ni les siennes. De loin, il pouvait les voir se jeter des regards discrets, sans vraiment faire de geste d’approche et ces répétitions dangereuses l’énervaient autant qu’elles l’intriguaient. Jusqu’où allait-elle aller ?
Il l’apprit le jour ou d’autres gamins qu’il avait repéré à trainer, certainement des fils de marchands, chahutèrent la fille plus qu’à l’accoutumée et des cailloux volèrent. Pas méchant, ces choses-là arrivent, ils agissaient juste comme leurs parents, mais elle s’interposa. Elle traversa la place comme une balle pour aller se dresser juste à côté de la fille et les fixer de son air mauvais par en dessous, comme à son habitude. Ça allait déraper d’un instant à l’autre et il s’était machinalement levé, à l’affut de miliciens trainant dans le coin. Mais non, après quelques cris de provocation mêlée de dépit, les bras qui tenaient les cailloux les ont jetés ailleurs, se sont baissés et les gamins se sont tirés dans un concert d’injures. Elle n’avait pas bougé, heureusement, mais oscillait plus que jamais, les bras raides le long du corps. La gamine lui dit timidement quelques mots et tendit une main vers elle, et après un moment, peut-être une heure, elle s’assit juste à côté, sans un mot. Le manège se répéta les jours suivants. Elle allait jusqu’à la place et lorsque la fille s’y trouvait, elle allait se planter à côté jusqu’à ce que l’autre lui dise un mot et qu’elle s’assoie.

La fille lui parlait, un peu, mais souvent elles restaient juste silencieuses, regardant les passants. Elle avait dû lui répondre plus qu’à lui-même, les années qu’ils avaient passé ensemble. Ça aurait même pu passer pour des conversations. Les autres gamins ne s’approchaient plus, mais des gars s’arrêtaient, au début, leur touchaient trois mots et la fille se levait pour les suivre. Impassible, la gamine attendait qu’elle revienne, et ceux qui s’arrêtaient alors finissaient par se lasser de son mutisme ou comme elle, attendaient que l’autre revienne. Ça durait jusqu’au soir, le soir les amatrices laissent la place aux professionnelles, question de survie. Et plusieurs fois, elle la suivi de loin, jusqu’au taudis où elle créchait. Il y avait pire qu’eux, mais ils avaient connu la même. La mère était trop décatie pour bosser et ponctionnait sa fille sans trop la maltraiter. La gamine ne savait manifestement pas quoi en penser, mais elle commença à lui filer des parts de repas. Une fois, elle voulut la retenir, l'empêcher de suivre ces hommes, et lui saisit fermement le bras, mais retira vivement sa main, comme brûlée par sa propre audace. Ils avaient diversifié leurs activités et gagnaient correctement pour que cette situation qui ne lui plaisait pas ne soit trop néfaste. Il n’avait jamais vraiment eu de contrôle sur cette gamine de toute façon. La solution aurait été de se débarrasser de l’autre… ou de la mère.

C’est la conclusion à laquelle il était arrivé, mais la fille ne vint pas, un jour. Trois jours. Et la gamine se rendit jusqu’au taudis, vide. Elle resta plantée là des heures, immobile, à attendre, revint le lendemain, et le jour suivant. Mais jamais personne. Et elle sillonnait la ville, les faubourgs, jusqu’à tard le soir. C’était pas mauvais pour les affaires. Jusqu’à ce que les occupants changent et qu’elle ne quitte plus son pieu. Un retour de plusieurs années en arrière qui ne pouvait pas durer. Il réussit finalement à la trainer ailleurs. Un poids mort, mais qu’est-ce que ça changeait ?

Crépuscule d'une errance

La routine repris, ailleurs. Et encore ailleurs. Peut-être un an. Mêmes méthodes, mêmes gains.
La gamine, semblable à elle-même. Lui, s’était refait une santé et se débrouillait nettement mieux que lors de ses années de conscription. Sans être un guerrier né, il aurait tenu sa place dans un combat ouvert, ça offrait d’autres possibilités, d’autres gains. Et heureusement… Le mauvais jour, la mauvaise ruelle, le mauvais gars. Nullement un hasard, non, ils étaient juste sur le territoire d’un autre, organisé. Et cette fois-là, l’affaire était sérieuse. Cinq en face, peut-être plus, armés et dangereux. Avec la milice, il y aurait eu moyen de discuter ou de passer du temps en tôle. Ces gars-là attaquaient pour tuer.
Ils ont déjà maîtrisé la gamine qui leur donne tout de même du mal. Avec un peu de chance elle peut peut-être en planter un, mais une diversion suffira. Lui-même s'est fait taillader, mais le gars git au sol, et un autre recule, le bras inerte et pissant le sang. Moins professionnels qu’il le pensait, mais plus nombreux. Des mouvements plus loin, les projectiles ne vont pas tarder, ils deviennent prudents, eux non plus ne s’attendaient pas à ce que ça s’éternise. Le moment de discuter, finalement. D’autant que la furie se débat toujours et en a salement amoché un. Levant les mains, les armes bien en vue, c’est l’heure des pour-parler. Les gars tiennent à leur peau et peuvent lui laisser la sienne, ou la leur. Ils savent tous que menacer la gamine n’avancera personne, mais elle peut servir. L’issue est précaire, il va falloir faire des concessions, des deux côtés. Un accord est finalement trouvé, il quittera la ville sur ses deux pieds, mais leur laissera la fille contre rémunération. Elle arrête de se débattre. Un Tael de platine, et bon courage...

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Presque trois semaines depuis qu'ils l'avaient récupérée, pas grand-chose à tirer de cet animal. Drazen allait vouloir rentrer dans ses frais et l'autre gars avait quitté la ville. Pas question de la promener comme il le faisait, ni de la vendre à l’heure, ça finirait par leur retomber dessus. Déjà un client de défiguré, et elle pas présentable pendant longtemps. Les drogues s'étaient aussi montrées moins efficaces que d’habitude. Pas besoin de perdre plus de temps ni d’argent. Sans réel commerce de personnes à proximité, la solution de facilité restait de la faire élever par une institution et de possiblement la récupérer ensuite, docile. Les bonnes sœurs de Notre-Dame allaient jusqu’à payer pour les gamines des rues. C’est ce qui est décidé. Tant qu’on ne la touche pas, elle sait suivre quelqu’un, lentement, Jusqu’au porche du couvent. Ce mot qui avait l’air de la faire réagir. L’affaire est conclue, la moniale paye bien, la gamine sait se défendre en dépit de sa face tuméfiée. Elle change de mains et franchi le porche entre chiens et loups. Passant de l’obscurité naissante des bas-fonds à l’illumination ecclésiastique des torches dans cette atmosphère silencieuse et cloîtrée.

Aube nouvelle

Notre Dame de l'Aube - Novices

Dans la fraicheur de l’air nocturne, Elena maugréait. En seulement quelques semaines, la sévérité dogmatique de la Mère Supérieure envers la petite avait créé plus de problèmes que ceux qu’elle s’acharnait à résoudre. Postée en haut du clocher, elle observait la nuit sans la voir. Sa charge d’Abbesse Forgétoile la dispensait de ces gardes ordinairement exécutées par les sœurs de l’épée ou novices. Mais elle appréciait ce calme, à peine perturbé par le vol erratique d’une chauve-souris, bien éloigné de ses souvenirs du front de l’est, ou du tumulte de la forge. C’était une héroïne de guerre, au même titre que la Supérieure, que les cicatrices avaient cantonnées dans ce bastion reculé. C’était là leur seul point commun. Sa voix frêle, éraillée par des années de campagne ne correspondait pas à son physique de forgeronne, mais elle, avait toujours ses deux bras. Clairement pas un avantage dans leurs fréquentes joutes oratoires. A se demander si elles étaient de même confession.

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Les débuts pouvaient être difficiles avec les novices, ces filles qu’elles accueillaient étaient souvent brisées ou en fuite. Les autres ordres les surnommaient les vierges à l’épée, dans les faits, elles l’étaient rarement. Certaines fortes têtes mettaient du temps à entrer dans le rang, mais généralement la sécurité des nuits et des repas réguliers suffisait à éclairer ces âmes en perdition. Celles qui avaient été vendues, il n’y avait pas d’autre terme, demandaient parfois à retourner à leur vie, rarement. Parmi la trentaine de novices que comptait actuellement le couvent, aucune n'avait causé autant de difficultés. Non pas qu’elle soit difficile à vivre, au contraire, mais ses relations aux autres étaient catastrophiques. Même les bêtes comprennent la notion de groupe. En plutôt meilleur état que beaucoup à son arrivée, elle acceptait docilement les commandements et restait à sa place, trop, ou pas assez. Aucune mesure. Manifestement intelligente, elle semblait indifférente aux enseignements, cela avait le don d’exaspérer certaines novices, instructrices et la Mère Supérieure.

Ça avait commencé dès son arrivée, le passage obligatoire par la salle des bains et l’éradication de la vermine. Certaines novices peuvent d’emblée vouloir y affirmer leur autorité sur les nouvelles. Quoi qu’il en soit, ça s’était mal passé. Sœur Lotte lui avait rapporté avoir été alarmée par des cris et les avait trouvées bataillant ferme dans un coin de la pièce. Ayant le dessous, la nouvelle les menaçait pourtant d’une paire de ciseaux manifestement arrachée à la main blessée d’une autre. Elles avaient certainement prévu une coupe réglementaire. Ayant renvoyé les novices, il fallut un moment et l’arrivée d’une hospitalière pour calmer et laisser l’enfant se laver. Son corps présentait les fréquentes ecchymoses et signes de malnutrition des couches inférieures, mais rien de sérieux. Les tatouages de son dos étaient plus singuliers et sauvages, primitifs. Un simple sortilège élimina la vermine. Ce procédé désagréable et douloureux ne la fit pas broncher, contrairement à l’incantation en elle-même. Elle n’était pas étrangère aux arcanes.

Le lendemain, après le Prime, la Mère Supérieure la fit mander en compagnie d’autres Abbesses pour accueillir cette future novice. Connaissant son intransigeance, l’affaire de la veille n’allait pas en rester là. Son ton autoritaire eut moins l’air de déstabiliser la petite que celui de sœur Lysandre, la Gardienne, naturellement douce et affectueuse. Morwyn, Hospitalière et Spirite, s’entretint par la suite avec l’enfant et y apporta un semblant de réponse. La fille n’était pas du coin et parlait peu, répondant sommairement aux questions. Elle dit s’appeler Lühr n’ Tael, et fut extrêmement docile pendant tout l’entretient, y compris lorsqu’il lui fallu se déshabiller pour exhiber ses tatouages dont elle avait, semble-t-il, oublié jusqu’à l’existence. Elle venait de quelque part, à l’ouest, une région côtière et menacée par un dragon. A la mention de ses parents, elle se referma et leur appris juste que sa mère était morte il y a des années. Qu’elle avait voyagé en compagnie d’un homme.
La Mère Supérieure lui admonesta son laïus habituel, la protection de ces murs, la rédemption par la foi, le salut par la discipline. Les piliers de l’ordre, la lumière dans les ténèbres et le bréviaire à compulser. Un simple avertissement pour l’affaire des bains, le dernier. Les autres novices n’avaient pas eu cette chance. Quelque chose chez cette enfant semblait manifestement la déranger, la provoquer, peut-être ses tatouages, son air paradoxalement docile et résolument réfractaire. Elle les congédia en demandant à Morwyn de soigner ses contusions. Elena pris cette dernière en aparté avant de retourner au champ d’entrainement du cloitre extérieur.

De bons auspices

Notre-Dame de l'Aube - Abbesse Morwyn

Toujours jeune mais éprouvée par la médecine de guerre, Morwyn avait le détachement clinique, pragmatique, des soignants habitués à côtoyer la mort. Ses consœurs instructrices avaient pour la plupart la trentaine, rarement plus. Seule Isolde, la Mère supérieure fleurtait avec la soixantaine, la confortant dans sa position hiérarchique pleinement assumée. Les trois doyennes n'étant plus en mesure de diriger l'ordre, elles n'avaient qu'un rôle de mémoire.
La gamine trottinait en claudiquant derrière elle. Sans être alarmant, son état était plus sérieux que ce que sœur Lilia avait rapporté. Les soins auraient pu être prodigués la veille. Elle lui en toucherait deux mots. Mais en dépit de la douleur manifeste que provoquait chaque enjambée, elle ne se plaignait pas. Arrivées aux hospices dont elle avait la responsabilité, elle entreprit de pratiquer un examen plus poussé, tant physique que mental. Son état psychologique semblait déplorable, et pourrait perturber la communauté.

Elle la revit à plusieurs reprises, les gamines logeaient dans son bâtiment avant de se décider à intégrer le noviciat. Elle n’était évidemment plus vierge, mais en relative bonne santé et exempte de pathologies lourdes ou maladies. Elle pouvait avoir dans les onze ans. Si le soin des commotions avait été une formalité, son errance avait cependant laissé des séquelles psychologiques et ses origines étaient pour le moins problématiques. L’aide de Lysandre éclaircit certains points tels que son vif intérêt pour les incantations ou les tatouages, mais elle lui épargnât d’autres aspects plus sombres. Peu bavarde au début, la gamine répondait néanmoins aux interrogations et ne semblait même pas consciente de la teneur abjecte de ses propos. Elena, mise dans la confidence, préconisa de taire certaines informations à la Supérieure. Sans doute pas la meilleure chose à faire, mais c’était prudent. Elle était déjà chatouilleuse sur les questions de sorcellerie, si elle apprenait que sa mère avait été jugé pour de tels actes, que son peuple pratiquait sacrifices rituels et anthropophagie, ça aurait des conséquences. Elle était humaine, c’était au moins ça, mais il y avait toute une éducation à refaire. Et elle avait clairement besoin d’une mère. Pas ce qui manquait dans le coin, mais pas dans la bonne catégorie.

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Après deux semaines passées aux hospices, elle était remise sur pieds et s’apprêtait à prononcer ses vœux. Au même titre que les novices, elle suivait déjà la liturgie des Heures et certains enseignements, la cérémonie ne viendrait que confirmer cela. Morwyn l’avait plus ou moins cernée et complété le tableau que s’en faisait Elena, la mettant en garde, ça ne serait pas une partie de plaisir. La gamine était résolument égocentrique, un comportement survivaliste guidé par l’instinct de survie. Elle gardait ses distances aux autres, mais l’avait tout de même surprise au premier jour d’entrainement à l’arme, à s’interposer pour une novice qu’elle ne devait qu’à peine croiser au réfectoire et aux offices. Comme si l’autre allait s’acharner sur cette adversaire au sol. Elena, qui avait assisté à la scène, avait jugé cela de bon augure, mais tout le reste était inquiétant. Loin d’être inculte, son éducation était pour le moins inadaptée. Sa connaissance des simples, des gestes et de quelques rites ne tenait pas du simple mimétisme ou de l’observation. Sa mère l’avait instruite dans ses sombres pratiques, elle en avait plus que des notions mais son don n’était pas éveillé. Encore quelques années et elle aurait su pactiser. Elle ne savait pas lire, évidemment, et parlait un commun difficile acquis sur les routes. Mais elle connaissait des chants, que Lysandre avait confirmé s’approcher d’une forme de draconique antique sans en être vraiment, et non du noir parlé, courant en sorcellerie. Pas la langue des Pictes. Dans son sommeil, ses murmures étrangement doux évoquaient l'obscurité, avaient la dureté de la pierre, l’odeur de la mousse, le goût de l'eau qui suinte, le bruissement des choses enfouies.
Mais elle était surtout dans une détresse émotionnelle sévère. Elle avait idéalisé une enfance loin d’être réjouissante et la vision de sa mère. Le choc traumatique qu’avait été sa mort l’avait enfermée dans un océan de solitude et jetée dans un monde de merde. Le simple nom qu'elle avait donné évoquait la vision qu’elle avait d’elle-même, une monnaie d’échange ou pas grand-chose. Faute de mieux, elle se raccrochait à des gens qui l’avaient abandonnée, abusée, vendue. Peut-être ici trouverait elle effectivement le salut que promettaient les vœux. Elena s’en persuadait.

Si ce n’était que cela, mais elle ne s'était pas faite que des amies. Certaines novices avaient dû moyennement apprécier les pénitences que leur avait valu leur traitement de faveur des bains. Les dissensions au sein de leurs rangs étaient courantes, la hiérarchie invisible des sœurs confirmées se mettait déjà en place et pouvait se montrer écrasante. Les ainées veillaient généralement à limiter les formes ouvertes de harcèlement, mais certaines étaient plus insidieuses. La vie au sein du couvent était loin de l’image d’unité ecclésiastique que s’accordait à lui donner l’extérieur. À l'inverse des Templières, la situation quelque peu annexe des hospices préservait Morwyn de cette danse du pouvoir.
En seulement deux semaines, la gamine avait déjà écopé de plusieurs pénitences d’intérêt général, d’une nuit de lecture de psaumes en cellule d’isolement et terminé à l’infirmerie suite à des marques de violence manifeste lors d’un entrainement. Les psaumes lui avaient au moins fait travailler les écrits car si elle entendait et comprenait les conseils, elle semblait mettre tout en œuvre pour ne pas les appliquer. Les peuples de l’ouest sont ainsi, parait-il. Mise au fait, la Mère Supérieure s’était résolue d’éclairer cette âme en perdition. Les croisades devaient lui manquer.

Sans compter les patientes, avec seulement deux sœurs et une poignée de novices à sa charge, Morwyn ne se savait pas en mesure de lui dédier plus qu’une aide ponctuelle, c’était loin de l’attention nécessaire. Ce n’était simplement pas dans ses inclinaisons et pour son âge, elle lui ressemblait déjà trop, par certains côtés. Peut-être qu’au final ça aurait mieux valu, mais inutile de s’attirer l’attention de la Mère Supérieure. Elena s’en chargerait, probablement par défiance envers Isolde, ces deux-là ne pouvaient pas se voir. Si la gamine s’avérait apte à maitriser la Forgétoile, ce serait bénéfique pour tout le monde. Une décision malheureuse, ça l’isola encore plus.

Forger son destin

Elena la récupéra après la cérémonie d’intronisation. Elle avait presque repris figure humaine mais restait aussi chétive qu’un oiselet tombé du nid. Elle l'appelait petite, petit moineau, ça lui était resté. Ça n’était plus un premier contact, elle l’avait revue plusieurs fois aux hospices au cours des semaines passées. Et l'avait également observée aux entraînements. Elle était dure et savait se battre... dans une autre vie. C’en était affligeant. On ne pouvait pas lui enlever qu'elle savait encaisser, elle en avait besoin. Le travail à la forge devrait changer cela et probablement résoudre pas mal de ses problèmes avec les autres novices. Elle avait eu des phases, mais semblait avoir compris ce qu'on attendait d'elle : souffler les braises, et se remplumer. Ça lui faisait deux disciples, mais avec Vick la relève de la forge était déjà assurée, sa fille avait du talent.
Dans l’immédiat Elle la couchait dans la mansarde de la forge, ses terreurs nocturnes auraient soulevé des questions. La situation ne pouvait s’éterniser, pas question de la garder isolée plus que de raison, elle devait se calmer, et avant l’hiver si possible. Non pas que les novices soient mieux loties, les couchages par trois ou quatre dans les combles étaient froids l'hiver et chauds l'été. Mais les hivers rigoureux, on pouvait se blottir à plus. Il restait de la place dans un dortoir de quatre filles plutôt calmes et sans réelle meneuse, même s’il s’en trouve toujours une.

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Notre-Dame de l'Aube - Abbesse Elena

En seulement quelques semaines, la petite naviguait au sein de la forge sans consignes. Elena avait appris à l'apprécier et ça semblait réciproque, mais difficile à dire. Elle avait eu l’occasion de lui montrer la forgétoile et son enchantement, l’adamant se faisait rare. Vick l’avait assistée. Les deux s’accordaient plutôt bien, elle n’avait jamais été trop expansive, mais est-ce qu’elle l’acceptait dans leur foyer ? Nulle au couvent n’ignorait leur lien de parenté, difficile de faire autrement, c’était son portrait craché. Et elle avait accouchée aux hospices, mais ces choses-là se taisaient.
La petite consacrait ses matinées à la forge, les après-midi aux études ou aux armes et elle revenait fréquemment après le souper pour simplement passer son heure libre non loin des braises. Parfois en mauvais état. Sa réserve avait toujours le don d'en énerver certaines, et elle ne faisait évidemment pas le poids contre ses aînées, mais rendait quelques coups et ne finissait plus à l’infirmerie. Elle avait rapidement appris à lire et ses travaux ressemblaient enfin à quelque chose. Il n’y avait eu que quelques problèmes mineurs ces derniers temps et rien de notable quand elle avait intégré son dortoir. Dans l'ensemble, Elle évoluait en bien, les choses c'étaient tassées et les autres s'étaient lassées. Vick confirmait, mais ce n’était sans doute pas la première à qui les novices se seraient ouvertes.

Lysandre était venu la trouver, peut-être six mois plus tard, ça n'arrivait pas tous les jours. Elles se croisaient au réfectoire mais ne se fréquentaient qu’un minimum pour des questions liées aux composantes d’enchantement. Elles n’étaient pas du même monde, Lysandre avait des ascendants et sa qualité de Gardienne des reliques et des mystères lui octroyait une position privilégiée. Elle savait en jouer. Elle s'était posée et avait questionné négligemment sur le ton de la conversation. Apparemment la petite se débrouillait en études et s'attaquait à des ouvrages avancés. Les archivistes avaient appris à apprécier son assiduité et lui lâchaient la bride quant à ses lectures. Elle aurait été affectée à la bibliothèque sans le travail de forge. Elena en tira une certaine fierté déplacée, elle savait n'y être pour rien. Mais sans être la meilleure des empathes, elle sentait bien que ce n'était pas qu'une visite de courtoisie.
Lysandre accoucha finalement du mobile de sa visite et lui rapporta que la Mère Supérieure l’autorisait à instruire la petite plus avant, elle semblait avoir des prédispositions. Tout était déjà décidé, Elena se sentait étrangement dépossédée, jalousant les facilités de cette fille de la haute. Un créneau fut trouvé entre None et Vêpres.

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Novice Lühr (14 ans)

Les saisons filaient, son moineau voletait entre ses différentes activités, mais revenait fréquemment se poser non loin de l’âtre, parfois avec un tome. Elena s’efforçait d’être présente en ces occasions, c’était leurs moments. Leur relation avait changé, la petite avait changé. Même si elle avait appris les codes et à se fondre parmi ses semblables, passé le vernis de son éducation, elle restait la petite fille sauvage et solitaire. Elle lui rappelait ces filles de l’est avec qui elle avait guerroyé, ou ces pisteurs obtus sauf concernant leur propre survie, et qui allaient à l’essentiel. Seulement avec elles laissait-elle tomber le masque. Elle pouvait leur exposer avec une vive candeur ce qu’elle avait découvert dans la journée ou rester simplement à contempler le soir naissant. Il lui arrivait même de la gêner à venir se blottir silencieusement contre elle. Une situation inimaginable il y a quelques mois encore. Vick l’avait acceptée officieusement et se comportait en ainée.
La petite avait dévoilé une assurance qui ne demandait qu’à s’exprimer et se forgeait discrètement une place au sein de l’ordre. Elle lui avait peut-être donné l'impulsion, mais elle avait fait la majorité du chemin seule. Cette fille était une énigme, sans doute également pour elle-même. Elena se passait des réponses et profitait de l'instant. Elle restait persuadée qu’il lui fallait juste de la stabilité, une tâche gratifiante, et si possible, du bon acier dans les mains. L’acier ne ment pas. D’ici un an, elle prononcerait ses vœux et deviendrait une sœur à part entière. Autant dire demain.

Une seule ombre au tableau. Elle n'avait guère qu'une amie, et pas la meilleure, une fille forte en gueule et bravache, son opposé. L'autre ne la ponctionnait pas vraiment, mais la petite lui gardait toujours des restes de repas, et s’en faisait sermonner. Vu leurs gabarits, ça aurait dû être l'inverse. Et il y en avait une troisième, Derah, une fille effacée des cuisines qui devait certainement en sortir des trucs en douce, l'autre avait su s'entourer. Elle lui avait exposé ce qu'elle en pensait et la petite l'aurait écoutée si elle lui avait simplement interdit de la fréquenter, mais elle s'y refusait. Elle avait fait pire à leur âge.

Ce qui devait arriver arriva, elles furent convoquées chez la surintendante, des vivres manquaient. Beaucoup de bruit pour pas grand-chose selon Elena qui l'accompagnait. Les deux autres filles étaient déjà là, la cuisinière tremblotait, la mère supérieure assistait en retrait, un épais volume par devers elle. La petite n'était pas vraiment concernée, mais responsables ou pas, elles écopèrent de pénitences avant d'être congédiées sans plus de formalités. Elle suivait les deux autres quand la Mère Supérieure l'arrêta d'un "Toi, tu restes !". Il se passait quelque chose, l'intendance se retira, les laissant seules. Elle ouvrit l'épais volume qui avait intrigué Elena et questionna la petite :
- Tu sais ce que c'est ?
- D'ici, Je ne vois pas.
Elle entama la lecture : Tu deus mortis, solus non es. Filii noctis murmura e tenebris sequuntur...
- Je continue ?
- Pas la peine.
- Tu l'as lu plusieurs fois, ce livre.
La Mère Supérieure ne releva pas la familiarité, elle la jaugeait.
Elena ne comprenait pas ce qu'il se passait, mais elle sentait une angoisse se condenser. Isolde avait son ton des mauvais jours, froid, tranchant. Elle restait de marbre, elles étaient deux, la petite n'était pas le moins du monde impressionné, mauvaise idée.
- Oui
- sais-tu seulement ce que c'est ?
- un rite
- oui, et même plusieurs. De ceux que nous combattons... Pourquoi lis-tu ces textes ?
- Pour les comprendre.
- Est-ce le cas ?
- Non, pas tout. Certaines choses m'échappent.
- Ça va de soi. Lesquelles exactement ?
- Les textes… ne chantent pas.
- Exprime-toi mieux, enfant.
- C’est comme s’ils… boitaient, qu'il manquait des phrases.
- Ces textes ont été expurgés.
- Je ne sais pas ce que ça veut dire.
- On en a omis les éléments incantatoires pour les rendre inoffensifs... Ça t'intéresse ?
- Oui
- Sais-tu pourquoi nous les conservons ?
- …
- Sais-tu quels dangers se cachent entre ces pages ?
- …
- Tu vas apprendre.
Ce n'était plus une question, elle ordonnait. Ce qu'elle savait faire de mieux.
Les yeux d’Isolde exultaient presque, maintenant. Elena voyait son monde vaciller, ce qu'elle avait construit au fil des jours avec la petite, la Mère Supérieure était en train de se l'approprier. Là, sous ses yeux. Lysandre avait dû avoir son rôle. C'était elle la véritable maîtresse en sorcellerie du couvent. Son sang bouillait à présent, rassurée qu'elles n'aient pas abordé certains aspects plus sombres :
- J'ai besoin d'elle à la forge.
- Rassure toi, ça sera complémentaire.
- Les journées ne sont pas extensibles.
La Mère Supérieure dévisagea lentement l’Abbesse qui sentait comme toujours sa voix lui faire défaut.
- Sais-tu ce qu'elle a fait ?
- Elle a étudié, comme Lysandre l’avait préconisé.
- Non. Avant cela.
- …

à suivre... ¤